Thème 10014 :  LA PAPAUTE.  (Extrait de: Le catholicisme à la lumière de l'Ecriture Sainte - J Blocher)


L'Eglise catholique est une sorte de pyramide:
Cette société hiérarchisée a pour chef l'évêque de Rome, en qui elle voit le successeur de l'apôtre Pierre le prince des Apôtres, le vicaire du Christ sur terre. Il est appelé familièrement "pape", c'est à dire "le père". Il est aujourd'hui un monarque absolu. Tous les évêques et tous les prêtres dépendent de lui et tiennent, en quelque sorte, tous leurs pouvoirs de lui.
Dans les documents de l'Eglise catholique, le pape est très souvent nommé le Pontife Romain. C'est étrange, car le titre de pontife vient directement du paganisme. Le chef de l'ensemble des prêtres des différents cultes à Rome était le Souverain Pontife, "Pontifex Maximus", c'est à dire le constructeur en chef des ponts. Dans l'antiquité, en effet, les fleuves étaient considérés comme des divinités dont il fallait apaiser la colère si l'on essayait de les franchir. La construction d'un pont relevait ainsi de l'art mystérieux d'un homme capable d'attirer la faveur divine. Maîtres de redoutables secrets, les faiseurs de ponts étaient des personnages très sacrés. En quoi ce titre rappelant les superstitions du paganisme peut-il désigner le (prétendu) successeur de Pierre ?

L'ORGANISATION DU VATICAN.
Pour gouverner l'Eglise le pape dispose d'une très remarquable organisation, qui comprend des milliers de personnes réparties dans le monde entier, et dont le quartier général est à Rome, dans la cité du Vatican. Le Vatican est un état souverain, ayant des ambassadeurs auprès de la plupart des gouvernements de ce monde. Il possède sa monnaie, ses timbres, sa radio, sa police et même sa station de chemin de fer.
Pour administrer l'Eglise, le pape dispose de la Curie Romaine qui vient d'être réorganisée après le concile de Vatican II. Les changements apportés à la Curie ont été précisés dans différents documents, le décret "Christus Dominus" promulgué le 28 Octobre 1965 (art.9 et10) annonce que les Congrégations ( ou Dicastères), c'est à dire les Ministères, seront internationalisés davantage et comprendront plus d'évêques diocésains et de laïcs. Ensuite la lettre apostolique du 6 Août 1967 " pro comporto sane " et la constitution " Regimini Ecclesiae " du 15 Août 1967 fixent les nouvelles structures de la Curie qui ont été mises en place à partir du premier janvier 1968.
Le pape est assisté par le Secrétaire d'Etat qui est son auxiliaire immédiat pour toutes les affaires de l'Eglise. Ce " premier ministre " dispose du Sacré Conseil pour les affaires publiques et de neuf congrégations. La plus importante de ces congrégations est celle pour la Doctrine de la Foi, que l'on connaissait jusqu'à présent comme le "Saint Office", et dont relevaient les tribunaux de la sainte inquisition. Puis celle des Evêques, des Eglises
Orientales, de la Discipline des Sacrements et du Culte, du Clergé, des Religieux, de l'Education Catholique, de l'Evangélisation des Peuples et la propagation de la Foi, des Causes des Saints. Ensuite l'on trouve trois Secrétariats spécialisés: pour l'unité des chrétiens, des non-chrétiens et des non-croyants. On trouve aussi trois tribunaux: la Pénitencerie apostolique, la Sacrée Rote, instance d'appel et la Signature, instance de cassation. Puis le Conseil des Laïcs et la Commission de Justice et de Paix. Les préfets des congrégations sont des cardinaux, les membres en sont généralement évêques, cardinaux ou non. Ils sont nommés par le pape et demeurent en charge pendant cinq ans. A la mort du pape tous les membres de toutes les Congrégations cessent d'être en fonction et doivent être désignés par le nouveau pontife.
Pour la première fois dans l'histoire de l'Eglise Catholique quatre femmes, des religieuses, font partie d'une des congrégations.
A côté des organismes compétents pour les affaires spirituelles, doctrinales ou judiciaires se trouvent les rouages d'une vaste administration qui s'occupe des finances et des problèmes matériels. Ces bureaux et ces offices se consacrent aux Oeuvres de la Religion, aux Affaires Economiques, à l'Administration du Patrimoine du Saint-Siège, ainsi qu'à la Cité Vaticane et à ses services, à la Garde Suisse comme à la Gendarmerie Pontificale.
Il existe aussi le Sacré Collège, composé des cardinaux (1), dont le rôle est très particulier. Comme tel, il ne se réunit jamais pendant la vie du pape, mais dès la mort du pontife, c'est lui qui exerce le pouvoir suprême, collégialement. Il a pour tâche de régler les affaires en cours et surtout d'élire le nouvel évêque de Rome (2). Tout catholique de sexe masculin est théoriquement éligible au Saint-Siège et, s'il était élu, devrait recevoir le sacrement épiscopal dans les trois mois...En fait, depuis des siècles, le pape a toujours été choisi dans le sein du Sacré Collège.
(1) A partir du VIII°s. le pape prit l'habitude de convoquer les titulaires des petits évêchés de la campagne romaine (suburbicaires) pour l'aider. On les appelle cardinaux (du nom latin: cardo, gond d'une porte). On les considère comme les auxiliaires du pape. En 1059 Nicolas II leur confère un rôle prépondérant dans l'élection du pape. En 1179 le 3°concile de Latran en fait les seuls électeurs du pontife. Ils sont de trois ordres: Les cardinaux évêques, titulaires de sièges suburbicaires, les cardinaux prêtres et les cardinaux diacres. Autrefois un cardinal pouvait n'avoir reçu que les ordres mineurs; le droit canon exige aujourd'hui qu'il ait reçu le sacerdoce.
(2) Théoriquement, le pape pourrait nommer son successeur. Il ne l'a jamais fait directement. A la mort de Clément IV les cardinaux restèrent près de trois ans sans désigner le nouveau pape (1268-1271) si bien que le gouverneur de la ville où ils étaient rassemblés, Viterbe, les enferma sous clef dans un palais, dont ils ne sortirent qu'après l'élection. Le Concile de Lyon, en 1274, fit une loi de cette mesure. Le Conclave a lieu au plus tard dix-huit jours après la mort du pape, dans la ville où il est mort: les électeurs ne sortent de leur prison qu'après avoir choisi le nouveau pontife.            
On a beaucoup parlé au moment du Concile de Vatican II de la "collégialité" du pouvoir suprême à la tête de l'Eglise. Certains théologiens catholiques allaient jusqu'à dire que les Apôtres avaient exercé leur charge collégialement, et que les évêques constituaient donc, en tant que successeurs des Apôtres, une sorte de vaste assemblée législative. Le Concile a tranché, à la quasi unanimité semble-t-il, comme le montre la très importante Constitution Dogmatique "Lumen Gentium", dans le texte promulgué le 21 novembre 1964: "le collège ou corps des évêques n'a d'autorité que si on l'entend faisant une unité avec le Pontife Romain, successeur de Pierre, comme sa Tête, qui garde intégralement son pouvoir de primauté sur tous, qu'ils soient pasteurs ou fidèles. Le Pontife Romain, en effet, en vertu de la charge de Vicaire du Christ et de pasteur de toute l'Eglise a dans l'Eglise le pouvoir plein, suprême et universel qu'il peut toujours exercer librement" (N°22).
Le pouvoir collégial des évêques ne peut s'exercer qu'avec le consentement du Pontife Romain. Même le Concile œcuménique, rassemblant les évêques de toutes les Eglises, ne peut exister qu'en raison du pape.
" Il n'y a jamais de Concile œcuménique qui ne soit, comme tel, confirmé ou au moins reçu par le successeur de Pierre et c'est la prérogative du Pontife Romain de convoquer les conciles, de les présider et de les confirmer" (N°22).
Cet enseignement est d'ailleurs précisé, à la suite de la constitution "Lumen Gentium" dans une notification annexe de la commission théologique de Vatican II:
" Le pape garde dans le collège des évêques, intégralement, sa charge de Vicaire du Christ et de pasteur de l'Eglise universelle". Il est vrai qu'après Vatican II, Paul VI a institué un nouvel organisme pour l'assister. Dans un motu proprio daté du 15 septembre 1965 "Apostolica Sollicitudo", il institue un Synode d'évêques de l'Eglise Universelle. Ce synode comprend des membres ex officio: les patriarches, les archevêques majeurs, les métropolites orientaux, les cardinaux membres des Dicastères. D'autres membres sont désignés par les Conférences épiscopales du monde entier. D'autres enfin sont nommés par le pape. Le synode se réunit seulement quand le pape le juge opportun, pour le bien de l'Eglise. Ses secrétaires sont nommés par le pape, qui établit l'ordre du jour. On précise que ce synode n'a qu'un pouvoir délibératif et que ses propositions ne sont valides et exécutoires que si elles sont ratifiées par le pape.
Il me semble juste de dire que cette institution consultative est très loin de représenter un pouvoir exercé collégialement. Ce synode s'est réuni du 21 septembre au 29 octobre 1967, puis du 11 au 28 octobre 1969, enfin du 27 septembre au 27 octobre 1974: il n'en est résulté aucune décision majeure Le Souverain Pontife nomme et révoque les évêques, et ratifie l'élection des chefs des grands Ordres monastiques. Il est l'administrateur de tous les biens ecclésiastiques. Il dispose souverainement des immenses richesses accumulées au cours des siècles par l'Eglise. Il ne doit de comptes à personne, sur la terre. Tous les fidèles lui doivent une obéissance inconditionnelle.
Son autorité souveraine s'étend à la doctrine, car son jugement est infaillible quand il définit un dogme.
Voilà d'ailleurs quelques articles de catéchisme romain précisant les attributions de l'évêque de Rome:
- On appelle la véritable Eglise, l’Eglise Romaine, parce que les quatre caractères de l'unité, de la sainteté, de la catholicité et de l'apostolicité ne se rencontrent que dans l'Eglise qui reconnaît pour chef l'Evêque de Rome, successeur de saint Pierre.
- Le Pape, que nous appelons aussi le Souverain Pontife ou encore le Pontife Romain, est le successeur de saint Pierre sur le Siège de Rome, le vicaire de Jésus-Christ sur la terre et le chef visible de l'Eglise...
- ...Le Pontife Romain est le successeur de saint Pierre parce que saint Pierre réunit en sa personne la dignité d'Evêque de Rome et de chef de l'Eglise, et que, par un dessein de la Providence, il établit son siège à Rome et y mourut. Aussi, celui qui est élu Evêque de Rome est aussi l'héritier de toute son autorité...
-...Le Pontife Romain est le vicaire du Christ parce qu'il représente le sur la terre et qu'il tient sa place dans le gouvernement de l'Eglise...
-...Le Pontife Romain est le chef visible de l'Eglise parcequ'il la dirige visiblement avec l'autorité même de Jésus-Christ qui en est le chef invisible...
-...La dignité du Pape est la plus grande de toutes les dignités de la terre et elle lui donne un pouvoir suprême et immédiat sur tous les pasteurs et fidèles...
-...Le Pape ne peut se tromper, il est infaillible dans les définitions qui regardent la foi et les mœurs...
-...Le Pape est infaillible seulement lorsqu'en sa qualité de pasteur et de docteur de tous les chrétiens, en vertu de sa suprême autorité apostolique, il définit pour être tenue par toute l'Eglise, une doctrine concernant la foi et les mœurs...
- L'infaillibilité du Pape fut définie par l'Eglise, au Concile Vatican I, et si quelqu'un osait contredire cette définition, il serait hérétique et excommunié.
Ici, nous touchons un point très épineux. La papauté reste pour beaucoup de gens incompréhensible. Tâchons d'y voir clair.
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Privilèges uniques de l'Evêque de Rome: Voici le dogme:
L'Evêque de Rome possède, en tant que successeur de Saint Pierre, en sa qualité de chef suprême de l'Eglise, le magistère infaillible. (De foi.PTD.II.178).
D'après l'ordonnance du Christ, Pierre devait perpétuellement avoir un successeur dans sa charge de pasteur suprême, et ce successeur est l'évêque de Rome. (De foi.PTD?II.193).
Voici ce que déclare le Décret concilaire "Christus Dominus" sur l'office pastorale des évêques (28 octobre 1965, n°2): "Dans cette Eglise du Christ le souverain Pontife, en tant que successeur de Pierre, à qui le Christ l'a confiée, pour qu'il paisse eux, ses brebis et ses agneaux, est par institution divine revêtu d'une puissance suprême, pleine, immédiate, universelle, pour le bien des âmes. Il est donc pour cela constitué Pasteur de tous les fidèles pour promouvoir le bien commun de l'Eglise et détient l'autorité suprême ordinaire sur toutes les Eglises."
Conclusion sur la papauté:
En fait, l'Eglise, pendant longtemps, ne fut pas centralisée. Encore au VI°s, l'évêque de Rome, Grégoire le Grand, était indigné d'apprendre que l'évêque Jean de Constantinople prétendait se nommer évêque universel, en étendant sa juridiction au-delà des limites de son territoire ecclésiastique. Il lui reproche son geste: " Par quelle audace et par quel orgueil vous efforcez-vous de vous emparer de ce titre nouveau qui peut scandaliser tous les frères?... S'emparer de ce titre impie, c'est imiter Satan".      
Parce Que Rome était ville impériale, son évêque prit peu à peu de l'importance A la chute de l'empire, l'Eglise a hérité des privilèges et des droits des empereurs. L'Eglise Catholique est vraiment romaine, dans ce sens qu'elle a conservé l'essentiel de la civilisation de Rome dans ses lois et ses institutions, pour le meilleur et le pire. C'est dans cet héritage plus que dans l'Ecriture Sainte qu'il faut chercher l'origine de la prépondérance actuelle de l'évêque de Rome sur la chrétienté.