Thème 10015 :  (Textes tirés du livre: L'HISTOIRE, Rome et le moyen âge de Malet et Isaac)


LE TRIOMPHE DU CHRISTIANISME.
Plus importante encore que la fondation de Constantinople fut l'attitude que prit Constantin à l'égard du christianisme. Le christianisme avait fait au III°s. de grands progrès et, à deux  reprises ( vers 250 d'abord, puis sous Dioclétien vers 300 ) il avait subi dans presque toute l'étendue de l'Empire une sanglante persécution. Mais, dès son arrivée au pouvoir, Constantin (dont la mère était probablement chrétienne) publia l'édit de Milan (313); désormais les chrétiens purent célébrer leur culte publiquement. Bientôt Constantin prit nettement parti en faveur du christianisme et ce fut au tour du paganisme et du judaïsme d'être brimés.
En vain l'un des successeurs de Constantin, l'empereur Julien, essaya-t-il de favoriser le paganisme: il ne régna que deux ans (361-363). Finalement, en 391, l'empereur Théodore ordonna la fermeture de tous les temples et interdit les cultes païens. Cependant l'ancienne religion continua d'être pratiquée dans les campagnes: voilà pourquoi on appela païens (c'est à dire paysans) ceux qui lui restèrent fidèles.
Désormais le christianisme était la religion officielle de l'Empire romain. Son triomphe est l'un des évènements les plus importants de l'histoire, un de ceux qui marquent le début d'une période nouvelle pour l'Humanité: Il annonce la fin des Temps antiques.

ORGANISATION DE L'EGLISE.
A ce moment aussi l'Eglise achevait de fixer son organisation. Les circonscriptions ecclésiastiques correspondirent exactement aux circonscriptions administratives de l'Empire. Le territoire d'une cité forma un diocèse, dirigé par un évêque. Tous les évêques d'une même province reconnurent comme chef l'évêque de la capitale de la province: on l'appelait évêque métropolitain (ce sera plus tard l'archevêque). Parmi les évêques, quelques uns jouissaient d'un prestige exceptionnel. En Orient, ceux de Constantinople, d'Antioche, de Jérusalem et d'Alexandrie portaient le titre de patriarches. En Occident, l'évêque de Rome était considéré comme supérieur à tous les autres parce qu'il était, disait-on, le successeur de l'apôtre saint Pierre.
Lorsqu'il s'agissait de discuter de questions importantes touchant la religion chrétienne, les évêques se réunissaient en assemblées appelées conciles. Le concile le plus important au IV°s. fut le concile de Nicée, convoqué par l'empereur Constantin dans cette ville d'Asie Mineure en 325. A peu près à la même époque apparaissent les premiers couvents ou monastères. Dès le III°s., certains chrétiens en Egypte avaient décidé de se retirer dans la solitude, loin des autres hommes, pour méditer et prier. On les appela ermites (c'est à dire: ceux qui vivent au désert) ou moines (c'est à dire: solitaires). Au IV°s., certains moines se groupèrent en communautés appelées couvents ou monastères, sous la direction d'un abbé. A cette date, les moines étaient des laïcs.

LES PROGRES DE LA PAPAUTE fin VI° et début VII°s.
Evêque de Rome, le pape (Le nom de pape, qui signifie père, fut d'abord accordé à tous les évêques. A partir du VI° s., il fut réservé à l'évêque de Rome) se proclamait le successeur de saint Pierre qui, d'après la tradition, avait été le premier évêque de Rome et avait transmis à ses successeurs les privilèges que Jésus-Christ lui avait donnés ( D'après l'Evangile selon saint Mathieu, Jésus lui avait dit: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise", et il l'avait choisi comme chef des Apôtres. C'est parce que les papes se proclament successeurs de saint Pierre que l'on emploie, pour désigner la papauté, les expressions: le siège apostolique, le Trône de Saint-Pierre, et surtout le Saint-Siège.) Le pape prétendait donc exercer sur les autres évêques une suprématie semblable à celle que saint Pierre avait exercée sur les Apôtres. Il s'affirmait particulièrement le défenseur de l'orthodoxie, c'est à dire de la doctrine exacte de l'Eglise, l'arbitre auquel il fallait recourir quand il s'agissait de fixer exactement un dogme, c'est à dire une croyance de la doctrine chrétienne. Cette prétention était combattue en Orient depuis le milieu du V° s. A la fin du VI° et au début du VII°s., le pape Grégoire le Grand (590-604) accrut encore le rôle de la Papauté. Il apparut comme le chef de toutes les églises de l'Occident et porta un vif intérêt à la conversion des païens: il envoya en Angleterre quelques Bénédictins pour évangéliser les Angles et les Saxons. Bientôt des monastères s'y multiplièrent et, à l'exemple des monastères irlandais, ils furent des centres d'instruction et d'évangélisation. Au VIII°s., un de ces moines anglais, saint Boniface, partira convertir, sur l'ordre du pape, l'Allemagne occidentale.
Mais, en même temps qu'il augmentait ses pouvoirs religieux, le pape se donnait aussi des pouvoirs politiques. L'Eglise romaine possédait d'immenses domaines qui lui avaient été donnés depuis le quatrième siècle par les empereurs et les fidèles. Le pape était ainsi devenu le plus riche propriétaire d'Italie. De plus, il administrait en fait le duché de Rome, qui appartenait en droit à l'empereur byzantin. La conquête de l'Italie par les Lombards allait lui fournir l'occasion de devenir le souverain d'une partie de l'Italie.

LES LOMBARDS EN ITALIE. LES ETATS DE L'EGLISE.
Les Lombards étaient des Germains. D'abord établis dans la Hongrie actuelle ils en furent chassés par l'arrivée de peuplades mongoles apparentées aux Huns. Ils traversèrent les Alpes et, peu après la mort de Justinien, ils s'installèrent dans la région qui s'appelle encore, de leur nom,  la Lombardie. Puis, lentement, par à-coups, ils commencèrent la conquête de l'Italie
péninsulaire. Vers le milieu du VIII°s., ils enlevèrent aux Byzantins le duché de Ravenne, le long de la mer Adriatique, et marchèrent sur Rome. Pour résister aux Lombards, le pape Etienne II, alors engagé dans un violent conflit avec l'empereur sur des questions religieuses, ne pouvait espérer de Byzance aucun secours. Il se tourna vers Pépin le Bref, le reconnut comme roi légitime en Gaule et implora son aide (754).
Pépin le Bref sut se montrer reconnaissant. Il marcha contre les Lombards, leur enleva le duché de Ravenne et, au lieu de le rendre à son légitime propriétaire, l'empereur d'Orient, il le donna au pape (756). On a vu que déjà celui-ci possédait en fait le duché de Rome. Ainsi se constituèrent les Etats de l'Eglise.
Cet appel d'Etienne II à Pépin le Bref est un des évènements les plus importants de l'histoire de l'Europe. Il inaugura l'alliance des rois de France et de la Papauté; il fit du pape un souverain temporel qui outre son pouvoir religieux, eut désormais des terres et des sujets comme les autres rois. Enfin, l'usurpation par Etienne II d'une partie de l'Italie byzantine creusa plus profondément le fossé qui séparait Rome de Byzance et elle prépara la rupture définitive entre le pape et le patriarche de Constantinople. Cette rupture, que l'on appelle le schisme grec, se produisit 300 ans plus tard, vers 1050 après J.C.,elle dressa l'une en face de l'autre deux églises rivales: l'Eglise catholique d'Occident et l'Eglise catholique d'Orient ou Eglise grecque et le schisme dure encore.

LE SCHISME GREC.
A bien des reprises, avant l'an mille, des conflits avaient éclaté entre les patriarches de Constantinople et les papes de Rome. Ils portaient, soit sur des questions de prééminence (le patriarche refusait d'être soumis au pape), soit sur des questions de liturgie et même de dogme. En 1054, le légat du pape à Constantinople et le patriarche, tous deux également impérieux, s'excommunièrent mutuellement. Cette rupture religieuse entre Byzance et Rome est connue sous le nom de schisme grec (le mot schisme signifie: cassure).
Depuis lors, le catholicisme est resté brisé en deux Eglises rivales: l'Eglise catholique romaine et l'Eglise d'Orient ( appelée aussi Eglise grecque ou Eglise orthodoxe).

LES MOYENS D'ACTION DU CLERGE.
Le clergé était très écouté parce que la foi était partout très profonde. L'influence de la religion dans la vie quotidienne se montre dans l'usage du calendrier, où chaque jour porte le nom d'un saint qui est mort à cette date, dans la multiplication des monastères, dans la construction des cathédrales, les pèlerinages au tombeau du Christ et aux reliques des saints, dans les Croisades, comme aussi la hantise du diable et des démons.
Dans une société où chacun était tourmenté par la crainte d'être damné, l'Eglise pouvait souvent imposer sa volonté par des menaces et des peines d'un caractère religieux. Elle avait recours aux pénitences plus ou moins dures: jeûnes, flagellations, lointains pèlerinages, entrée au couvent. Si le coupable s'obstinait, il était frappé d'excommunication, c'est-à-dire qu'il était retranché de la communauté des fidèles: les sacrements lui étaient refusés, et on devait l'éviter comme un pestiféré. On vit des empereurs, des rois de France ou d'Angleterre se soumettre à de rudes pénitences ou être frappés d'excommunication.
Enfin, dans certains cas, l'Eglise employait la force: d'une part contre les païens qui refusaient de se laisser convertir, d'autre part contre les hérétiques, c'est-à-dire les chrétiens qui rejetaient ses enseignements.

DEUX PAPES REFORMATEURS. NICOLAS II & GREGOIRE VII;
Deux papes, Nicolas II et Grégoire VII, se donnèrent pour tâche d'interdire aux laïcs de jouer aucun rôle dans la nomination des papes et évêques. En 1059, Nicolas II décida que la nomination du souverain pontife serait réservée aux seuls cardinaux: on appelait alors de ce nom les curés des principales paroisses de Rome et les évêques des diocèses voisins.
Une vingtaine d'années plus tard, Grégoire VII (1073-1085) publia en 1075 le décret sur les investitures qui interdisait à tout laïc d'investir (cest-à-dire de revêtir) un clerc de fonctions ecclésiastiques. Puis, pour faire appliquer ce décret, supprimer la simonie et contraindre les prêtres au célibat, Grégoire VII envoya dans tous les Etats catholiques des ecclésiastiques de son entourage, munis de pleins pouvoirs: on les appela légats pontificaux. Il s'efforça en même temps d'exercer sur les évêques un contrôle très strict, affirma son droit de les déplacer ou même les casser et décida que, d'un jugement rendu par un évêque on pourrait toujours en appeler au pape. Ainsi Grégoire VII tentait de libérer l'Eglise du joug des laïcs pour la placer sous l'autorité du Saint-Siège.

LA QUERELLE DES INVESTITURES. GREGOIRE VII & HENRI IV.
Le décret sur les Investitures devait nécessairement soulever de graves difficultés. En effet, au Moyen Age, l'évêque n'était pas seulement un prélat, il était aussi un seigneur qui possédait des fiefs et avait des vassaux. Aussi les princes ne voulaient-ils comme évêques que des hommes sur la fidélité de qui ils pouvaient compter. En leur enlevant toute influence sur l'élection des évêques, le décret de Grégoire VII allait affaiblir très sérieusement leur autorité. De là, entre les papes et les souverains, des conflits qui constituent ce qu'on appelle la querelle des Investitures. L'adversaire le plus redoutable auquel se heurta Grégoire VII fut le roi de Germanie Henri IV (1056-1106). En dépit du décret de 1075, Henri IV continua à nommer les évêques et, aux menaces du pape, il répondit en le sommant d'abdiquer. Grégoire VII riposta en excommuniant le roi (1076). Lequel allait l'emporter ?
Au début, ce fut Grégoire VII. Les seigneurs allemands, toujours prêts à affaiblir l'autorité du roi, se déclarèrent contre lui. Abandonné de tous, Henri IV, en plein hiver, franchit les Alpes et se rendit en Italie au château de Canossa où le pape résidait alors. Trois jours durant, dans la neige, en costume de pénitent, il implora son pardon; il ne l'obtint qu'après avoir acquiescé aux exigences du pape (1077).
Mais bientôt il prit sa revanche: il entra dans Rome et nomma un autre pape par lequel il se fit couronner empereur. Grégoire VII, qui s'était enfui de Rome, mourut peu après (1085).
Quarante ans plus tard, vers 1120, une solution équitable, qui avait déjà été acceptée par les rois de France et d'Angleterre, mit fin à la querelle des investitures: à l'avenir les évêques seraient nommés non plus par les princes mais par les chanoines; en revanche, ils n'entreraient en possession des fiefs attachés à leur évêchés qu'avec le consentement des princes et après leur avoir prêté serment de fidélité.

DEFINITION & CAUSES DES CROISADES.
On appelle Croisades les expéditions organisées par la Papauté pour arracher aux Musulmans la Terre sainte, c'est-à-dire la Palestine où avait prêché et où était mort Jésus-Christ. Ceux qui participaient à ces guerres portaient une croix d'étoffe rouge cousue sur leurs vêtements: de là le nom de croisés, et le mot croisade. Les califes arabes ne s'étaient jamais opposés aux pèlerinages que les Chrétiens faisaient au Saint-Sépulcre. Mais dans la seconde moitié du onzième siècle, presque toute l'Asie occidentale tomba aux mains d'un peuple de race jaune, les Turcs. Proches parents des anciens Huns, et très tôt convertis à l'Islam, les Turcs avaient pour patrie d'origine le pays qui, de leur nom, s'appelle encore aujourd'hui le Turkestan. L'une des leurs tribus, celle des Seldjoucides, occupa la Mésopotamie, la Syrie et la Palestine; elle enleva également aux Byzantins la majeure partie du Plateau d'Asie Mineure et l'on put même craindre qu'elle n'envahît la péninsule des Balkans. Très intolérants, les Seldjoucides interdirent les pèlerinages et pourchassèrent les Chrétiens.
Pour sauver l'Europe orientale du péril musulman et pour délivrer la Terre sainte, le pape Urbain II, alors en France, prêcha à Clermont en 1095, la première croisade. Certes les Croisades n'eurent pas seulement pour cause l'ardeur de la foi. Il faut y ajouter le goût des aventures, la passion des combats et surtout l'espérance de se tailler, dans cet Orient, qu'on disait fabuleusement riche, quelque principauté. Néanmoins la piété fut le mobile dominant. La chevalerie de l'Europe occidentale s'ébranlant à l'appel du pape pour reconquérir la Terre Sainte, voilà la Croisade.

PAPE & EMPEREUR.
Le compromis auquel on était arrivé sur la question des Investitures laissait en suspens un grave problème: celui des rapports du pape et de l'empereur.
Tout le monde admettait que leur accord était nécessaire: ils ont pourtant chacun leur tâche. Qui fixera les limites de la compétence de chacun ? De plus, sont-ils égaux ou bien l'un est-il supérieur à l'autre ?... D'ailleurs n'est-ce pas le pape qui, en sacrant Charlemagne en l'an 800, avait restauré l'Empire en Occident ? Et puisque, dans la cérémonie du couronnement, c'est le pape qui donne la couronne, n'est-il pas supérieur à l'empereur qui la reçoit ? De leur côté les empereurs ripostaient qu'ils étaient les successeurs des empereurs romains: or ceux-ci exerçaient déjà l'autorité alors qu'il n'y avait encore point de pape. D'ailleurs, les Etats de l'Eglise faisant partie du royaume d'Italie, le pape était le vassal de l'empereur.
Ces prétentions opposées devaient amener les conflits qui constituent la Querelle du Sacerdoce et de l'Empire, c'est-à-dire du clergé et des empereurs. Déjà, Grégoire VII et Henri IV s'étaient déposés l'un et l'autre. Aux XII° & XIII° siècles la lutte fut marquée par les noms des empereurs Frédéric Ier Barberousse et Frédéric II.

LE TRIOMPHE DE LA PAPAUTE SOUS INNOCENT III.
Dans les années suivantes le prestige de la papauté parut grandir encore. Le pape Innocent III domina les rois comme il dominait l'Eglise. On le vit enlever au roi d'Angleterre son royaume pour le donner au roi de France, disposer à son gré des couronnes de Hongrie, de Danemark, d'Aragon, de Castille. En Allemagne il se mêla aux rivalités qui mettaient aux prises les prétendants à la couronne; il fit triompher l'un d'eux, le petit-fils de Barberousse. Mais ce protégé d'Innocent III, qui devint l’empereur Frédéric II, allait se montrer l'adversaire acharné de la papauté.

ROLE GRANDISSANT DU PAPE DANS L'EGLISE, LA CURIE.
Depuis le pontificat de Grégoire VII, le pouvoir de la papauté sur l'Eglise n'avait fait que croître. Le pape développait son autorité au détriment de celle des évêques: il les faisait surveiller étroitement par les légats pontificaux; il leur interdisait de juger, même en première instance, certaines affaires importantes ou d'exercer aucun pouvoir sur les ordres religieux parce qu'il s'en réservait la direction; enfin il faisait pression sur les chanoines pour leur faire nommer évêque son candidat; sur seize prélats qui furent élus en France de 1295 à 1301, quinze furent désignés par le Saint-Siège. Pour gouverner l'Eglise, le pape se faisait aider par des fonctionnaires qui formaient la Curie. C'était comme l'ensemble des ministères autour d'un chef d'Etat. On y trouvait, outre les cardinaux, les membres de la Chancellerie qui rédigeaient et expédiaient toutes les pièces officielles, les juges des différents tribunaux pontificaux, enfin les trésoriers du pape.
Le Saint-Siège, qui avait à faire face à des dépenses considérables, jouissait de revenus très importants: ceux des domaines qu'il possédait en Italie, le cens payé par les royaumes qui s'étaient reconnus vassaux du pape, le denier de Saint-Pierre levé dans certains pays, les taxes perçus pour les affaires qui étaient soumises aux tribunaux pontificaux, parfois même, enfin, un impôt prélevé sur le revenu de tous les ecclésiastiques. Le budget de la Cour de Rome au XIII°siècle était beaucoup plus considérable que celui de n'importe quel autre gouvernement à la même époque.
Dans les circonstances importantes le pape convoquait un Concile universel ou œcuménique, c'est-à-dire une assemblée d'ecclésiastiques venus de tous les pays catholiques. Ainsi le pape gouvernait l'Eglise comme un roi son royaume. On pouvait parler d'une monarchie pontificale.

LA CAPTIVITE D'AVIGNON.
Peu après la mort de Boniface VIII, le pape Clément V s'était installé à Avignon (1309). Six papes, tous français, y résidèrent après lui, jusqu'en 1376. Ce séjour, que les Romains par jalousie appelèrent la Captivité d'Avignon, porta un grave coup au prestige du Saint-Siège...

LE GRAND SCHISME.
Mais la Papauté allait commencer par leur donner un spectacle encore plus douloureux. En 1377, le pape était revenu à Rome. Quand il mourut, l'année suivante, les cardinaux lui donnèrent pour successeur un évêque napolitain. Bientôt ils trouvèrent celui-ci trop autoritaire et, dans une seconde élection, nommèrent un pape français qui s'installa à Avignon. Il y eut donc en même temps deux papes, l'un à Avignon, l'autre à Rome;  chacun se déclarait seul légitime et excommuniait l'autre. L'Eglise catholique était coupée en deux; cette scission, qui dura 39 ans, s'appelle le Grand Schisme.
Jamais les âmes pieuses n'avaient connu pareilles angoisses, car elles craignaient d'être damnées si elles ne s'attachaient pas au pape légitime. Un concile réuni à Pise en Italie (1409) pour trancher le conflit ne fit que l'aggraver. Il déposa les deux papes et en nomma un troisième; mais les deux premiers refusèrent de céder, et il y eut trois papes au lieu de deux.
Un nouveau concile se réunit à Constance (1414). Il déposa deux papes, le troisième démissionna et un nouveau pape fut régulièrement élu, auquel se rallia toute la chrétienté.
Le Grand Schisme était terminé, mais il y avait eu deux graves conséquences: le développement des hérésies; l'affirmation du gallicanisme.

LES HUMANISTES & LE CHRISTIANISME.
...Les humanistes n'en restèrent pas moins presque tous attachés à l'Eglise catholique et furent, surtout
en Angleterre, en Allemagne et en France, des croyants très pieux. Cependant leurs travaux sur la Bible et les grands théologiens des IV° et V° siècles ap.J.C (ceux qu'on appelle les " Pères de l'Eglise", tels saint Jérôme ou saint Augustin) les amenèrent parfois à des conclusions redoutables. Il leur sembla que, sur certains points, l'Eglise de leur temps enseignait des doctrines assez différentes de celles qu'ils trouvaient dans la Bible et chez les Pères. Les humanistes conseillaient de s'en tenir strictement à ces dernières. Par là ils contribuèrent à préparer, parfois même ils favorisèrent le mouvement religieux qu'on appelle la Réforme.

DEFINITION & ORIGINES DE LA REFORME.
On appelle Réforme le profond mouvement religieux qui poussa, au XVI°siècle, un certain nombre de catholiques à se séparer de l'Eglise romaine et à fonder, en face d'elle, ce qu'on désigne du mot général de Protestantisme. Il ne s'agissait pas pour les Réformateurs de créer une religion nouvelle. Ils affirmaient seulement que les papes et les conciles s'étaient écartés, sur certains points essentiels, de l'enseignement du Christ et des Apôtres, et ils se donnaient pour tâche de le rétablir. Le mouvement de la Réforme eut donc avant tout des causes religieuses...
Professeur à l'Université de Paris, Lefèvre (d'Etaples) éditait des ouvrages de piété du Moyen Age; bientôt, il allait traduire et commenter les Psaumes, les Evangiles, les Epîtres de saint Paul. Ni Erasme ni Lefèvre ne songeaient à rompre avec l'Eglise catholique; ils espéraient convaincre les prélats et la Papauté à leur idéal d'une piété plus simple, plus intérieure, plus personnelle. Pour que cette aspiration à la réforme de l'Eglise se transformât en une révolte contre l'Eglise et aboutit à une rupture avec elle, il fallut l'entrée en scène d'un homme autrement ardent et passionné qu'Erasme et Lefèvre, l'Allemand Martin Luther.

L'AFFAIRE DES INDULGENCES.
Quelques années plus tard, l'affaire des Indulgences donna à Luther l'occasion de faire connaître ses idées. On appelle indulgence la remise, à des conditions fixées par le pape, des peines que le pécheur, même après l'absolution, peut avoir à subir soit ici-bas, soit au Purgatoire? Vers 1515 le pape Léon X décida qu'une indulgence serait accordée à tout fidèle qui, après s'être confessé, verserait une aumône pour l'achèvement de la basilique de Saint-Pierre à Rome.
Luther en profita pour attaquer le principe même des indulgences. L'indulgence lui paraissait dangereuse parce qu'elle donnait aux fidèles le sentiment qu'ils pouvaient, à des conditions très faciles, acquérir leur salut. A ses yeux, au contraire, le vrai chrétien, bien loin de vouloir être dispensé des pénitences, devrait plutôt les rechercher. Voilà pourquoi, le 31 octobre 1517, Luther afficha à la porte de la chapelle du château de Wittenberg 95 thèses, c'est-à-dire 95 affirmations, dans lesquelles il montrait le danger des indulgences. Il ne songeait nullement à rompre avec l'Eglise, il ne faisait que proposer aux théologiens d'ouvrir avec lui un débat sur la question des indulgences.

LE PAPE & L'EMPEREUR contre Luther.
Mais, au cours des discussions qu'il eut avec ses contradicteurs, puis dans des pamphlets d'une fougue passionnée, Luther se laissa entraîner très loin. Il en vint à rejeter officiellement la Tradition et à affirmer que la Bible était la seule autorité en matière de foi. Il rejeta aussi la doctrine de l'Eglise relative aux sacrements, ainsi que le culte de la Vierge et des saints et la croyance au Purgatoire. Aussi ses écrits furent-ils condamnés par une bulle du pape Léon X. Loin de se soumettre, Luther jeta la bulle au feu devant tous ses étudiants. Il fut alors excommunié (1520).
Quelques mois plus tard, Luther fut condamné par Charles Quint comme il venait de l'être par le pape. Convoqué devant la Diète impériale à Worms et sommé de se rétracter, il s'y refusa avec un grand courage. Il fut alors mis au ban de l'Empire (1521), c'est-à-dire mis hors la loi: n'importe qui avait le droit de le tuer. Pour le sauver, l'électeur de Saxe le cacha au château de Wartburg. Luther y resta un an et consacra cette retraite forcée à traduire en allemand le Nouveau Testament. Sa traduction, écrite en langue populaire, eut un immense succès.

L'EGLISE EN FACE DE LA REFORME.
Vers 1560, le catholicisme semblait vaincu dans une grande partie de l'Europe: l'Ecosse, l'Angleterre et les Etats scandinaves étaient perdus; la Suisse, l'Allemagne, les Pays-Bas l'étaient à moitié; la France et la Pologne étaient profondément entamées.
Les progrès de la Réforme s'expliquent par la faible résistance que l'Eglise catholique (sauf en Espagne) lui avait opposée. Les papes eux-mêmes semblaient ne pas avoir pleinement conscience du danger. Clément VII (1525-1534), un Médicis, était surtout un pape politique et un Mécène ami des arts. Paul III (1534-1549) avait d'abord désiré, à l'exemple de Charles Quint, d'Erasme et même de Melanchthon, trouver un terrain d'entente entre catholiques et protestants pour mettre fin au schisme. Mais toutes les tentatives de conciliation avaient échoué.
Il ne restait plus dès lors à la Papauté qu'à prendre une attitude résolue en face du protestantisme. Une triple tâche s'imposait à elle: affirmer bien haut et préciser les dogmes rejetés par les protestants; opérer la réforme des abus que les catholiques eux-mêmes exigeaient depuis si longtemps; enfin passer à la contre-offensive et tenter de rétablir le catholicisme dans les territoires d'où la Réforme l'avait chassé. Réorganisations et contre-offensives commencèrent vers 1540. Elles sont connues sous le nom de Réforme catholique ou Contre-Réforme. Paul III prit lui-même les trois mesures qui en marquèrent le début: il confirma les statuts de la Compagnie de Jésus que venait de fonder Ignace de Loyola, il réorganisa l'Inquisition, il réunit le Concile de Trente.                                                

CATHOLICISME & PROTESTANTISME VERS 1560.
Vers 1560, tout était prêt pour un redressement du catholicisme. A la Réforme, scindée en
Eglises rivales, et privée, depuis la mort de Calvin (1564) de tout chef d'autorité reconnue, l'Eglise catholique opposait un front uni: mêmes dogmes, un seul chef et, pour faire appliquer partout les volontés de ce chef, la Compagnie de Jésus. Les abus, qui donnaient aux protestants une arme si redoutable, avaient été solennellement condamnés. Sous le pontificat de Pie V (1566-1572), la Cour de Rome revenait à l'austérité. Partout, dans le catholicisme, une ardente vie religieuse se développait. Le siècle qui s'étend de 1560 à 1660 sera pour l'Eglise un siècle de saints.
Désormais, la lutte décisive va commencer contre le protestantisme, tantôt par la seule prédication, tantôt par la force des armes. C'est en France qu'elle va d'abord s'engager. Le Concile siégeait encore que la France était déjà déchirée par les guerres de Religion.